Cur cha'l Piz Daint ha sü chapè, schi in trais dis ploya –
Quand le Piz Daint porte son chapeau, il pleuvra dans trois jours.
(Proverbe du Val Müstair)


Le passé.


De la place du village à la Chasa Chalavaina, vous faites quelques pas sur les pavés, vous passez sous l'avant-toit, vous montez avec prudence les dix marches de l'escalier extérieur votre main droite effleure les murs da granit qui ont 700 ans et sent leur rugosité, vous traversez la voûte d'entrée gothique, construite en utilisant des morceaux de calcaire volcanique de couleurs différentes, votre main gauche s'appuie sur la vieille porte en bois portant les armoiries de la famille noble von Hermanin, et vous arrivez sur la terrasse. Vous avez le sentiment d'avoir été transporté loin dans les siècles, dans le passé appartenant à chaque morceau de bois, à chaque coin et recoin de la Chasa Chalavaina. Dans la rue les voitures semblent irréelles, formes étrangères d'un siècle futur. L'agencement de la terrasse appartient à un autre âge.

Des chevaux hennissant, des grincements et des craquements de roues de chariots, conviendraient mieux à cette scène. Le calendrier pourrait indiquer la fin du Moyen Age. Par exemple 1499.

Selon la légende, le 21 mai 1499 Benedikt Fontana, le commandant des forces grisonnes, se tenait sur la terrasse en tenue de combat et s'adressait à 6300 jeunes Grisons, tous célibataires. Ils s'étaient rassemblés sur la place du village de Müstair, devant la Chasa Chalavaina, pour écouter ses instructions au sujet de la bataille imminente. Les mats, comme on appelait ces jeunes, célèbres pour leurs prouesses guerrières, avaient l'intention de repousser les troupes austro-habsbourgeoises hors du Val Müstair. Le commandant en chef de cette armée était l'empereur allemand, Maximilien, qui avait déclaré la guerre aux Grisons et aux Confédérés en avril 1499, après l'échec des négociations de paix qui avaient suivi les accrochages précédents. C'est ainsi qu'a commencé ce que nous appelons aujourd'hui la guerre de Souabe.

 

Les enfants meurent de faim.

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Les troupes grisonnes se tenaient devant un bâtiment très particulier. D'une part c'était la seule auberge du village, et en même temps son style rappelait aux mats, qui venaient de l'Engadine, qu'en traversant l'Ofenpass, ils étaient entrés dans une autre vallée. De par sa situation géographique et sa direction, cette vallée appartenait plu-tôt au Tyrol autrichien, mais politiquement et par sa langue elle était rattachée aux Grisons. Jusqu'à ce que les frontières soient retracées plus tard, le Val Müstair était donc façonné par deux cultures. Ce qui entraînait deux styles distincts dans l'agencement des maisons: tandis que les murs et les fenêtres ressemblaient à ceux de leurs propres maisons en Engadine, la manière dont était construit le pignon de la Chasa Chalavaina semblait étrange aux mats. L'espace ouvert sous le toit, avec ses poutres apparentes, était typique du Tyrol. Il était utilisé pour sécher la viande, les fruits et les herbes.


Benedikt Fontana tenu son dernier discours depuis la terrasse de ce qui est aujourd'hui l'hôtel Chasa Chalavaina.


Le lendemain, au «Calven», un défilé entre les deux villages autrichiens de Taufers et de Laatsch, les Grisons se trouvèrent face à face avec une armée ennemie deux fois plus forte qu'eux. Douze mille soldats habsbourgeois étaient retranchés là derrière un rempart. Néanmoins les mats arrivèrent à défaire les forces ennemies supérieures en nombre. Un détachement accomplit une pénible marche de nuit pour déborder le retranchement et attaquer les Autrichiens par l'arrière. Après une dure bataille, pendant laquelle beaucoup de sang fut versé, les Grisons réussirent à battre les troupes de Maximilien. On dit que l'armée de l'Engadine perdit 2000 hommes et parmi eux Benedikt Fontana.


Les jours suivant leur victoire, les Grisons dévastèrent la vallée supérieure de l'Etsch, par le feu et par l'épée. Les villages de Mals, Glurns et Laatsch furent brûlés. Paul Foffa, l'historien grison, raconte que, quand la bataille et les pillages furent terminés, les seuls survivants étaient une «groupe d'enfants décharnés qui broutaient l'herbe dans les champs comme le bétail».


Dans les livres d'histoire, la bataille de Calven est considérée comme un des «plus grands exploits militaires de la Suisse».

Quelques semaines seulement après la victoire des mats, Maximilien entreprit une campagne de représailles. Ses soldats firent subir au Val Müstair le même sort que celui imposé au Val Etsch par les troupes de l'Engadine; les villages furent complétement détruits. Mais la Chasa Chalavaina ne subit aucun dommage pendant ces troubles.


La bataille de Calven a prouvé l'importance stratégique du Val Müstair. Pour Maximilien, cette vallée était la porte d'entrée orientale vers le centre de la Confédération; elle donnait accès à des cols qui étaient des positions cruciales pour quiconque désirait atteindre le coeur du pays. De plus, le transport des marchandises du Tyrol du Sud, si fertile, suivait des itinéraires qui traversaient la vallée. Enfin, elle se trouvait à la jonction nord/sud entre les cols de Reschen et d'Umbrail — pour Maximilien un axe extrêmement important pour conserver l'intégrité de son grand empire. Ces itinéraires ont plusieurs fois jeté le Val Müstair dans le chaos des conflits armés.


La Bataille de Calven a donné son nom à la Chasa Chalavaina. Les mots romanches «Chasa Chalavaina» signifient «Maison de Calven» (en allemand: Calven-Haus). Les deux épées entrecroisées sur l'enseigne de l'auberge commémorent cette bataille.

 

Maun dar e matin tor—
Donne d'une main, prends de l'autre.
(Proverbe du Val Müstair qui se réfere au commerce.
Si le vendeur peut donner les marchandises d'une main et, en même temps, prendre
l'argent de l'autre, il n'y aura ni dette ni méfiance.)

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La toile grise.


On ne sait pas exactement quand la Chasa Chalavaina a été construite. Il est certain qu'en 1499 le bâtiment avait environ 200 ans; Christophe Simonett, dans son livre «Die Bauernhäuser des Kantons Graubünden» (Fermes du Canton des Grisons) date sa construction du 13e siècle, à cause des ouvertures prévues pour la lumière dans les murs de fondation. Dans le bar (cafeteria), qui était autrefois le court, ou grande cour, on peut voir aujourd'hui deux de ces ouvertures qui, maintenant murées, forment des niches dans les murs. Le court est donc une des plus vieilles parties de la Chasa Chalavaina. Il a environ 700 ans.


La fonction de la Chasa Chalavaina est restée la même par delà les siècles. Le bâtiment a été construit pour être un sust, ou auberge, comme le confirme la taille des communs, également bâtis au 13e siècle sur son côté ouest. Là, les cochers et les muletiers abritaient leurs mules et leurs chevaux après leurs durs voyages à travers les Alpes.


Peu après l'achèvement de la partie centrale du bâtiment, deux pièces longues et étroites donnant sur la place du village ont été construites à côté du court. Ces deux pièces étaient très importantes pour les habitants du Val Müstair, car, derrière leur fenêtres en plein cintre, se tenait le marché à la toile. C'était ici que les femmes échangeaient la «toile grise» qu'elles avaient tissée contre du sel et des articles d'épicerie. Les recettes du marché permettaient aux familles paysannes du Val Müstair d'améliorer leur maigres revenus — une partie des terrains ne produisait rien.

Le «Bündner Loden», autre nom donné à la toile grise, était célèbre pour sa qualité et très apprécié par les marchands. La plus grande partie de ces étoffes partaient pour la Lombardie où elles étaient revendues.

La boutique de gauche fait maintenant partie du bar, et celle de droite est utilisée comme office.

L'entrée principale du bâtiment est se trouve la terrasse, mais les escaliers qui y mon-tent n'ont pas toujours conduit au-dessus de la boutique de droite comme ils le font aujourd'hui; il y a longtemps, avant que les communs soient construits — ils ont maintenant été convertis en nouvelle aile de l'hôtel — ces escaliers s'élevaient contre le mur sud de l'auberge.

 

Minchun ha da scuar avaunt seis üsch —
Chacun doit balayer devant sa porte.
(Proverbe du Val Müstair)


Sùler.

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La voûte de l'entrée date de l'époque gothique. Au-delà du seuil se trouve le sùler, un grand hall d'entrée par où sont passés des milliers de gens.
Bien que le bruit de leurs pas se soit évanoui dans les murs dont la largeur atteint un mètre, ils n'ont pas complètement disparu. Ce ne sont pas seulement les pierres usées du sol qui rappellent les innombrables visiteurs d'autrefois; le sùler conserve des signes du passé qui évoquent des images de la vie d'alors. Les mats, par exemple, ont laissé leurs marques. Près de la porte d'entrée, il y a d'innombrables petits trous dans le plafond, qui, même 500 ans plus tard, montrent avec quelle force ils lançaient leurs hallebardes dans les poutres lorsqu'ils revenaient d'avoir monté la garde. C'était l'endroit le plus pratique pour ranger leurs armes meurtrières.


Les marques dans le bois sont si nettes que les Grisons auraient pu partir hier seulement pour combattre Maximilien, et la seule hallebarde encore aujourd'hui dans le plafond, conservée comme souvenir de la bataille de Calven, pourrait simplement avoir été oubliée par un mat plutôt distrait. A n'importe quel moment, il pourrait monter bruyamment les marches avec ses gros souliers cloutés, arriver dans le sulèr, empoigner sa hallebarde et courir derrière ses camarades.


Un des murs du sulèr garde aussi des traces de guerre. Sur le mur de gauche, à côté de la porte d'entrée, une caricature représente deux soldats. Ces portraits pourraient même dater de 1499, mais comme la Chasa Chalavaina a hébergé des soldats en beaucoup d'occasions au cours des siècles, l'esquisse peut tout aussi bien être plus récente.


11y a aussi quelques mots, probablement écrits avec du sang de génisse, sur le mur juste à droite de la porte menant à la salle principale, utilisée par les clients pour se restaurer et se reposer. En romanche cette pièce s'appelle le stür. Ces lignes sont clairement datées. Elles ont été tracées par un prisonnier italien incarcéré dans la cave en 1696. Il clame sa misère, au mur et à chaque lecteur depuis cette époque: «Je regrette le passé et je crains le futur». On ne sait pourquoi il a été emprisonné.


Etant donné que les parties du mur sur lesquelles figurent le dessin et l'inscription n'ont jamais été rénovées, elles donnent aussi des indications sur l'habileté des artisans des siècles passés. En passant la main sur ces surfaces, il est évidentpourun observateur que le grain du plâtre est beaucoup plus fin que sur la partie rénovée du mur. Le secret des plâtriers était de mélanger du blanc d'oeuf avec le plâtre.

 

Chi viva in spraunza more chejond —
Celui qui vit dans l'espérance meurt dans la misère.
(Proverbe du Val Müstair). «Attendre et espérer fait de nous des demeurés.»


Ida, Carl et Jon Fasser.


Le mot romanche pour Parole (pin cembro) est «dschember». C'est de ce bois que sont revêtus les murs du stür, adjacent au sulèr. Les caractéristiques du bois d'arole ne sont pas seulement son odeur de résine, mais aussi ses nombreux noeuds, clairement visibles sur les panneaux des murs et du plafond à cause de leur couleur plus foncée. Par contre, le plancher du stür est en bois dur; les bois tendres ne conviennent pas parce qu'ils s'abîment trop vite. Quand la Chasa Chalavaina a été rénovée en 1965 et que le vieux plancher a été enlevé, on a découvert trois épaisseurs de planches en-dessous. Le bois était si usé que les noeuds les plus durs saillaient comme de petits champignons.

Tout près de la façade et de ses fenêtres, une marche traverse l'auberge en biais, montrant comment la Chasa Chalavaina s'est agrandie par étapes. Au cours du 17e siècle, deux étages ont été rajoutés aux boutiques du rez-de-chaussée. C'est alors que le tracé initial des murs extérieurs créa cette différence de niveau. Comme on peut s'y attendre, les cloisons dans cette partie du stür sont beaucoup plus récentes. Et — pour la même raison — il n'y a pas non plus de traces du passage des mats. Par contre ils ont laissé pour toujours leurs marques à côté du poêle en faïence, qui semble avoir été leur place préférée. D'une main maladroite ils ont creusé avec des pointes de lance des croix dans le bois de cette partie saillante du mur.


Dans le stür, nous apprenons également qui ont été les différents propriétaires de la Chasa Chalavaina, pour autant que cela soit connu. Nous ignorons qui tenait l'auberge avant la bataille de Calven, mais nous connaissons l'identité des hôtes de Benedikt Fontana. C'était la famille patricienne Hermanin. Leurs armoiries sont

sculptées avec art au-dessus de la porte menant au stür et représentent un arbre stylisé surmonté d'un casque avec une colombe. Selon Erwin Poeschel, auteur de l'ouvrage en plusieurs volumes «Die Kunstdenkmäler des Kantons Graubünden» (Monuments artistiques du Canton des Grisons), ces armoiries doivent avoir été taillées aux alentours de 1500. Le même emblême se trouve dans une version plus simple sur la porte séparant l'escalier extérieur de la terrasse; il est daté de 1593.


La famille Hermanin a donné une Abbesse au Couvent de Saint-Jean. Une pierre tombale massive, érigée à sa mémoire, se trouve à droite de l'entrée de l'église du couvent.


Les propriétaires suivants de la Chasa Chalavaina ont été la famille Pernsteiner, jusqu'à la mort de Tonet Pernsteiner en 1879. Son portrait, peint à l'huile, est suspendu dans le stür. A sa mort, la tradition de gérer la Chasa Chalavaina comme auberge s'est temporairement perdue. L'agriculture a été la seule occupation des deux familles paysannes qui y ont emménagé ensuite. C'est seulement quand elle a été acquise par ses propriétaires actuels, la famille Fasser (habitant le Val Müstair depuis le 14e siècle), que la maison a retrouvé sa destination d'origine. Après avoir géré pendant 30 ans l'hôtel «Münsterhof» tout proche, Carl et Ida Fasser ont acheté en 1958 la Chasa Chalavaina. En 1965, ils ont superbement restauré le bâtiment avec l'aide du Canton des Grisons et de la Confédération.


Après la mort de Carl Fasser en 1975, sa femme et son fils Jon ont géré l'hôtel Chasa Chalavaina. Carl Fasser n'était pas seulement hôtelier, il occupait aussi différentes fonctions publiques; il était instituteur et président de la banque d'épargne «Val Müstair Raiffeisenkasse»; dans le stür, une grande photographie en noir et blanc rappelle sa mémoire.

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Amur per forza nu vaglia üna scorza —
L'amour imposé ne vaut pas un centime.
(Proverbe du Val Müstair)


Cuschina naira.

Là où aujourd'hui un lourd rideau de cuir divise le stür de la cuschina naira, se tenait autrefois ce qu'on appelait le kunst. C'était un mur en faïence qui utilisait la chaleur du fourneau de cuisine situé derrière lui pour chauffer le restaurant. Le kunst était principalement employé au printemps et en automne, quand il ne faisait pas assez froid dehors pour allumer le poêle en faïence.

Pendant des siècles à la Chasa Chalavaina, les repas ont été préparés sur un feu ouvert — en grandes quantités comme le prouve la taille des ustensiles de la vieille cuisine. Mais la fumée du foyer n'était pas évacuée par une cheminée; elle se rassemblait au plafond en forme de dôme, où un simple trou servait de conduit d'aération. Ce feu ouvert a eu un effet durable sur tout ce qui l'entourait: la cuisine est noire, noire comme du charbon. La suie a incrusté le plafond voûté, pénétrant profondément dans la maçonnerie.

Jusqu'à ce que le kunst soit enlevé lors de la restauration de la Chasa Chalavaina, un passe-plats, petite ouverture dans le mur avec une porte en bois, permettait au personnel de cuisine de passer les plats dans le stür. Ce passe-plats a été conservé; depuis le stür on peut le voir à gauche du rideau de cuir.

La cheminée, qui maintenant incite les visiteurs à s'attarder dans la cuisine, a été ajoutée pendant la rénovation de 1965 pour remplacer le vieux feu ouvert. Par contre, le fourra (four à pain), dont la porte est juste à côté de la cheminée, est beaucoup plus ancien. Le pain de seigle était cuit dans ce four, le pain de seigle typique du Val Müstair qui aujourd'hui encore est servi à chaque repas à la Chasa Chalavaina.

La taille du fourra peut être évaluée en regardant à l'intérieur mais elle est mieux illustrée par une jolie histoire. L'épisode suivant s'est passé en 1799, quand une armée napoléonienne combattait les forces alliées des Grisons et de l'Autriche dans le Val Müstair. Un matin, selon ce récit, une jeune fille faisait les chambres à la Chasa Chalavaina quand, sans regarder, elle jeta par une fenêtre une cuvette d'eau sale dans la cour où se tenaient des officiers français en tenue d'apparat. Indignés et dégoûtés les officiers aspergés se précipitèrent dans la maison pour s'emparer de l'infortunée jeune fille et la punir. Quant à elle, cherchant désespérément une bonne cachette, elle se glissa dans le four à pain dont une autre servante boucha l'ouverture avec un fagot de brindilles. Finalement les officiers durent abandonner leur recherche. On dit que la malheureuse jeune fille est restée trois jours dans le four, ne quittant sa cachette que la nuit pour boire et manger.
Malgré sa taille, le four ne prend pas de place dans la cuisine. Mais sa forme se découpe clairement à l'extérieur du mur oriental de la Chasa Chalavaina: le fourn se cache derrière la partie courbe et saillante du mur. Il a été construit contre le mur extérieur du bâtiment — un style remarqué plus clairement encore dans d'autres endroits du Val Müstair, par exemple à la Haus Pitsch à Santa Maria.
La cuisine avec son feu ouvert signifiait nourriture et chaleur réconfortante pendant les mois froids d'hiver. Elle servait donc non seulement de cuisine mais aussi d'endroit pour dormir. De larges planches en bois, arrangées comme un grand escalier au-dessus de la descente à la cave, montrent comment la cuisine était autrefois utilisée pour dormir. Ces planches étaient destinées à utiliser pleinement l'espace au-dessus de l'escalier de la cave. C'est là que dormaient les serviteurs des voyageurs qui logeaient à l'auberge. Cet endroit était populaire; il faisait toujours chaud dans la cuisine, contrairement aux chambres qui n'était pas chauffées.

 

Chi bain pierta, bain jalda —
Celui qui sait partager, sait prendre du plaisir.
(Proverbe du Val Müstair. L'égoïsme apporte peu de récompenses.)

las pullas

la staletta

La falla da l'uors

la sulagliva

la strietta

remüttel

la somnambula

la raieta

la stüvetta

L'abadessa

la palantschotta

la diogena

la diala

la stüva dal preir

la Rosaria

Les chambres.

La Chasa Chalavaina a 17 chambres. Chacune a son nom et tous ces noms ont une histoire ou une signification. Alors que la raieta, «la petite reine», rappelle une fille de Carl et Ida Fasser, une autre chambre s'appelle la sulagliva parce qu'elle est particulièrement bien exposée au soleil. La diogena est la plus petite chambre de la maison et ceci explique son nom. Là, comme l'a fait remarquer un visiteur, vous vous sentez comme Diogène dans son tonneau. La stüvetta, au premier étage, a sa propre terrasse. C'est de là qu'on peut le mieux voir un dessin peint en 1467 sur le mur extérieur nord de la Chasa Chalavaina. Cette peinture représente la Madonne tenant Saint-Roch nouveau-né sur ses genoux. A côté d'eux se tient un homme malade de la peste et qui souffre d'une plaie purulente sur une jambe. Roch, sur la main duquel se tient une corneille, était le saint patron des malades de la peste. Il pouvait guérir ceux qui en étaient atteints.

Le sujet de la peinture sur le mur prouve que le Val Müstair n'a pas échappé aux ravages de la peste noire. La peste y a revendiqué d'innombrables victimes; elle a parfois virtuellement exterminé des villages entiers. Elle a sévi non pas une mais plusieurs fois. Le Val Müstair a été le plus sévèrement atteint en 1630.


Les fenêtres de la stüvetta ouvrent sur la terrasse et l'une d'entre elles est encadrée par un sgraffito qui date de la même période que la peinture murale. Ce dessin, ciselé dans le mur, fait partie des plus vieux sgraffiti des Grisons.
Dans la vieille partie de la Chasa Chalavaina, le premier étage prend les visiteurs au dépourvu avec ses nombreux tours et détours. Ils sont l'écho de l'histoire du bâtiment et reflètent les modifications effectuées à diverses époques. Cependant tout le puzzle s'ajuste harmonieusement. Les changements apportés à la construction peuvent être lus comme les cercles d'un tronc d'arbre.


De vieux outils de ferme du Val Müstair sont suspendus sur les murs du corridor qui serpente. Les portes s'ouvrent dans toutes les directions, des portes avec des serrures particulièrement attrayantes. La famille Fasser les a récupérées dans d'autres vieilles maisons pour les ré-utiliser ici. En passant les portes, le visiteur est obligé de baisser la tête. Les générations précédentes étaient certainement de plus petite taille, comme le confirment les anciens bois de lits dans les chambres. Ils ont tous dû être rallongés pour satisfaire aux besoins actuels.
Un fourneau à bois est placé dans un coin du corridor, rappelant qu'autrefois la cuisine était faite sur deux feux à la Chasa Chalavaina; pendant presque un siècle, après le départ des Pernsteiner, deux familles paysannes vécurent ici.

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Sumbriva da stà fa uai il vainter d'inviern —
Les ombres de l'été donnent des maux de ventre en hiver.
(Proverbe des fermiers du Val Müstair.
Si les foins ne sèchent pas bien en été à cause du mauvais temps,
la mauvaise qualité du fourrage qui en résultera perturbera
les fonctions digestives du bétail.)

Dans la nouvelle aile de l'hôtel, créée en 1980 dans ce qui était les communs, il est plus facile de s'orienter. Sept chambres se trouvent maintenant là où autrefois on engrangeait le foin et on rentrait les poules et les chèvres. La dimension généreuse de l'entrée rappelle son but originel; c'était le chemin vers le fenil, où l'on stockait le fourrage après la fenaison. En fermant les yeux, l'odeur du foin séché, au parfum piquant des herbes et des fleurs de montagne, semble toujours planer dans l'air. Les vieilles poutres, noircies par l'âge et la lumière du soleil, et fixées seulement avec des chevilles en bois, ont été gardées pour étayer les nouveaux murs.


Dans las pullas, une des chambres du rez-de-chaussée, il y a un autre rappel du passé. C'est là qu'on rentrait les poules; l'ouverture par laquelle elles entraient et sortaient est toujours visible sous la fenêtre de droite. Le motif des rideaux, des poules, attire l'attention sur l'identité des occupants précédents de la pièce. Dans la chambre suivante, la staletta, où l'on gardait les chèvres, le même principe s'applique; le motif animalier correspondant apparaît dans les rideaux.


Quand on a enlevé la terre sous les communs pour créer la nouvelle aile de l'hôtel, l'architecte a découvert les restes de vieilles fondations. Il s'est avéré qu'il s'agissait des murs de fondation d'une maison qui a dû être construite à l'époque de Charlemagne, c'est-à-dire environ à la même époque que le couvent de Saint-Jean tout proche, qui date de la fin du 8e siècle.
En raison de son ancienneté et de son importance historique, la Chasa Chalavaina fait partie de l'héritage national de la Suisse; elle a été classée monument historique.

«La Chasa Chalavaina est une maison qui demande à être découverte», a dit un visiteur après un tour du bâtiment. Son commentaire est vrai, mais ce n'est pas tout. Les murs, les planches et les poutres ont absorbé les sons et les odeurs des siècles.

On ne peut évidemment plus entendre les voix rauques des mats ni les cris terrifiés de la jeune fille fuyant devant les officiers français. Il y a longtemps que l'on ne sèche plus le thym, l'arnica et le Bindenfleisch (boeuf séché) sous le toit, et le four où l'on cuisait autrefois le pain de seigle est maintenant froid. Malgré tout, ces bruits et ces odeurs existent toujours. Bien qu'ils appartiennent au passé, ils ont envahi l'atmosphère de la Chasa Chalavaina.


Le passé a donné à la maison sa dignité, une dignité profondément gravée dans le temps.