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Sumbriva da stà fa uai il vainter d'inviern —
Les ombres de l'été donnent des maux de ventre en hiver.
(Proverbe des fermiers du Val Müstair.
Si les foins ne sèchent pas bien en été à cause du mauvais temps,
la mauvaise qualité du fourrage qui en résultera perturbera
les fonctions digestives du bétail.)

Dans la nouvelle aile de l'hôtel, créée en 1980 dans ce qui était les communs, il est plus facile de s'orienter. Sept chambres se trouvent maintenant là où autrefois on engrangeait le foin et on rentrait les poules et les chèvres. La dimension généreuse de l'entrée rappelle son but originel; c'était le chemin vers le fenil, où l'on stockait le fourrage après la fenaison. En fermant les yeux, l'odeur du foin séché, au parfum piquant des herbes et des fleurs de montagne, semble toujours planer dans l'air. Les vieilles poutres, noircies par l'âge et la lumière du soleil, et fixées seulement avec des chevilles en bois, ont été gardées pour étayer les nouveaux murs.


Dans las pullas, une des chambres du rez-de-chaussée, il y a un autre rappel du passé. C'est là qu'on rentrait les poules; l'ouverture par laquelle elles entraient et sortaient est toujours visible sous la fenêtre de droite. Le motif des rideaux, des poules, attire l'attention sur l'identité des occupants précédents de la pièce. Dans la chambre suivante, la staletta, où l'on gardait les chèvres, le même principe s'applique; le motif animalier correspondant apparaît dans les rideaux.


Quand on a enlevé la terre sous les communs pour créer la nouvelle aile de l'hôtel, l'architecte a découvert les restes de vieilles fondations. Il s'est avéré qu'il s'agissait des murs de fondation d'une maison qui a dû être construite à l'époque de Charlemagne, c'est-à-dire environ à la même époque que le couvent de Saint-Jean tout proche, qui date de la fin du 8e siècle.
En raison de son ancienneté et de son importance historique, la Chasa Chalavaina fait partie de l'héritage national de la Suisse; elle a été classée monument historique.

«La Chasa Chalavaina est une maison qui demande à être découverte», a dit un visiteur après un tour du bâtiment. Son commentaire est vrai, mais ce n'est pas tout. Les murs, les planches et les poutres ont absorbé les sons et les odeurs des siècles.

On ne peut évidemment plus entendre les voix rauques des mats ni les cris terrifiés de la jeune fille fuyant devant les officiers français. Il y a longtemps que l'on ne sèche plus le thym, l'arnica et le Bindenfleisch (boeuf séché) sous le toit, et le four où l'on cuisait autrefois le pain de seigle est maintenant froid. Malgré tout, ces bruits et ces odeurs existent toujours. Bien qu'ils appartiennent au passé, ils ont envahi l'atmosphère de la Chasa Chalavaina.


Le passé a donné à la maison sa dignité, une dignité profondément gravée dans le temps.